C’est un dimanche, une fin d’après-midi d’une journée d’automne mitigée comme on en vit souvent au bord de la mer dans ce nord ouest français humide et
venteux. Oui, il y a eu des averses, oui, le vent a soufflé mais les unes laissent une luminosité toute particulière tandis que l’autre a repoussé les
nuages vers le continent.

           Je suis sur l’île de Groix, sur une plage immense, désertée.

Le soleil déjà couchant est derrière moi, je le devine à la couleur rosée du  sable qui s’étend à perte de vue. La plage est arrondie et forme une sorte
de baie de terre,  petite avancée sur l’eau. Là, devant, trois dunes légèrement herbeuses,  perpendiculaires à la mer, comme effrontées, semble s’opposer
vainement à sa force. Elle, elle, est au loin, à droite et au fond, c’est  marée basse mais elle  revient s’annonçant par ce mélange toujours étonnamment
agréable et vivifiant d’iode et d’air frais, par le bruit de ses vagues aussi qui viennent lécher tranquillement le sol sableux et avance inexorablement
vers un banc d’algues brunâtres, souvenir de son ancien départ.

Elle est d’un bleu gris comme si elle semblait à la fois se rappeler les pluies de la journée, et invoquer le bleu d’un ciel sans nuage. Au loin, ceux-ci
se sont amassés au-dessus du continent que l’on aperçoit en plissant les yeux, ligne grise à l’horizon. Certains disent que  voir ce morceau de terre est
signe de mauvais temps. Peu importe ce temps à venir; là, tout de suite, il est agréable car il est un moment de répit, un sursis,  la nature elle-même
sait qu’elle doit  en profiter.

Une plage désertée? Pas tout à fait… au loin, juste avant le banc d’algues,  quelques personnes... pas plus grosses que des insectes de là où je suis. Un
couple d’insectes me semble-t-il, un homme debout, une femme sur le sable? La femme, assise en tailleur regarde la mer, l’homme peut-être regarde celle
qu’il aime. Quelques mètres plus loin une famille d’insectes, un père, blouson sur l’épaule, contemple l’horizon, un enfant -  il penche la tête - cherche
peut-être des coquillages, un autre a fait un château de sable du moins est-ce ce que me suggère la couleur plus foncée du sable à ses pieds, le dernier
insecte, est-ce la mère? est assise presque le dos à l’océan et semble surveiller les deux petits,  tout au fond un insecte minuscule et solitaire, un
point seulement marche le long de la grève…

A quoi pensent-ils tous? A cette courte embellie? A ce dimanche qui se termine… qu’il va falloir rentrer, se préparer à reprendre le travail et l’école?
A un amour lointain? A un amour futur?

Ils sont là en tout cas et savourent tout comme moi ce temps qui se fige... ce moment d’éternité que nous offre toujours la contemplation de la mer...

"Cactus"

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