Yann Ar Dall : Page des coiffes Bretonnes ...

Les coiffes Bretonnes

Présentation

Cent pays, cent modes, la variété des coiffes bretonnes est infinie.
Leur diversité s'amorça lors de l'abolition des lois somptuaires après la révolution de 1789 et s'accentua vers le milieu du XIXe siècle.
Aujourd'hui, le nombre des femmes qui les portent diminue.
Certaines coiffes sont exiguës, limitées parfois à une commune, comme celle de Plounéourtrez, dont la coiffe est somptueuse.
D'autres sont plus étendues : celles de la Toukenn trégorroise, de la coiffe de Vannes et, en Haute Bretagne, des coiffes de Rennes et du Pays nantais ;
la giz foën.
Il convient de parler de familles de coiffes car elles sont différentes d'une paroisse à l'autre.
La Giz Foen est célèbre car la plus flatteuse et la plus seyante.
Outre la coiffe, la Giz Foen comporte un gorgerin de dentelle et une collerette plissée de grandes dimensions dont les godrons s'obtiennent par un repassage
savant à l'aide de trois centaines de "pailles" spéciales cueillies dans la lande.

Historique

La coiffe bretonne n'est pas traditionnelle. Elle apparaît en effet seulement au 19ème siècle et ne survivra jusqu'à la moitié du 20ème siècle que dans
les campagnes.
De plus, dans chaque pays breton, la coiffe n'a cessé de se modifier et les robes, costumes, tissus ou motifs de changer.
même les territoires des différentes modes ont évolué pendant un siècle.
Les régions de Basse-Bretagne sont plus riches en variétés de costumes que celles de Bretagne Orientale où les zones couvertes par chaque mode sont plus
étendues.
Il y avait bien sûr à l'intérieur de chaque pays, des coiffes d'usages différents : coiffes de paysannes ou d'artisanes, pour les mariages, les deuils ou
les pardons, pour l'usine, etc...
R.Y. Creston dans un ouvrage de référence parle de 1200 types de coiffes regroupés en 66 modes principales.
Et ce sont dans les régions où les coiffes ont toujours évolué qu'elles ont été portées le plus tardivement.

Les noms des coiffes

Les noms donnés aux coiffes et costumes sont souvent des surnoms donnés par moquerie par les voisins, puis adoptés et même revendiqués et qui sont parfois
devenus ensuite le nom du pays qui les portait.
En voici quelques-uns.

Liste de définition de  31 éléments
Dans l'est du Goëlo = le bonnet ruché
Pour le Trégor = la toukenn (de touque : dame-Jeanne), la katiolle ou la cornette (la cornette est portée dans plusieurs régions, de même que le capot),
Pour le Léon = la Poch Plad ( poche plate ) ou queue de homard ou queue de langouste
dans l'est, une coiffe portée vers Morlaix est la sparl, sparlen surnommée Numéro huit et tintaman;
celle de Landerneau = la Marmotte.
Celle du pays Pagan = kernapa.
Vers Plouescat et Saint Pol = la chikolodenn.
Le pays de Landivisiau = la mode julod, par exemple le justinoc'h veste des hommes.
Sur l'île de Batz = la chibilinenn et pour l'été le togheol (
sur l'île de Sein = la coiffe est dite chipilienne )
A Brest = la genoss (je n'ose ?), la marmotte ou hors les murs
Dans le Bas-Léon (Saint Renan) = on parle de penn paket, choukenn et krakik.
Dans la région de Carhaix, = les femmes portent la mode penn calvez ou corleden, les hommes la mode fisel. La coiffe très simple est la koef plad ( coiffe
plate ).
Vers Gouarec le type de coiffure ( chignon bas dans une résille) est appelée coiffure fanch.
Dans la région de Chateauneuf du Faou, la coiffe à brides aérienne est nommée = Dardoupezenn
A Quimper = les femmes sont appelées borledenn du nom de leur coiffe en fil brodé borleden ( bord large), mais elles ont ensuite porté la coiffe pichou,
pitchourell ( aussi nommée bijou vers Plomelin ), coiffe à huppe, à capuchon. Leur costume est brodé de fil de soie aux couleurs glazik, composé d'un gilet
et d'un chupen.
Au Faou = Kernevodez, en tulle blanc à trous carrés.
Dans la région de Lorient = le capot noir ou gris (blanc à petits points noirs ) et l'aéroplane.
coiffe de la région de Baud = La Locht-Raïenn queue de raie, nom donné aux femmes qui la portent. Dans cette région elles portent aussi la kornek, coiffe
de cérémonie dont les cotés tombent commes des ailes et se compose d'un fond de tulle et des broderies en Point d'Irlande.
La région de Pontivy = la région des moutons blancs à cause de la couleur du costume masculin en laine. Les hommes portent un bragou berr et des guêtres
de lin. La coiffe est surnommée skouarn pémoch, oreille de cochon !
Dans le pays Pourlet ( autour de Guéméné sur Scorff ) = la kariguel ( brouette), le costume masculin est le mille boutons.
Le pays bigouden = tient son nom du mot qui désignait la pointe surmontant les anciennes coiffes. Réalisées sur un support en mousseline ou en tulle à leur
début, les coiffes sont désormais en organdi. La mitre a nécessité la mise au point d'une technique d'amidonnage et de repassage. Les gilets sont brodés
avec les motifs de chaines de vie, soleil, plumes de paon, cornes de béliers, arêtes de poisson. Les femmes portent des broches et des épingles de pardon.
Celle de Pouldreuzic est surnommée = pikè ( qu'elle est pointue!)
Au sein du pays bigouden, la région de Kérity Penmarc'h = porte la coiffe poch flask ( poche molle) encore appelée poch dour ( poche d'eau ), c'est une
coiffe d'artisane faite en filet.
A Douarnenez = la coiffe puis le pays s'appelle penn sardin. (elle est aussi portée sur la presqu'île de Crozon), c'est un simple bonnet de tulle, recouvrant
trois bonnets de coton noir.
A Concarneau = les femmmes portent un grand châle et la coiffe pen sardin.
Vers le Cap Sizun = la coiffe est nommée la kapenn (du Cap, capenn )
Toute la région de Fouesnant, Rosporden, Pont-Aven = porte la Giz Foën ( giz fouen : Guise ou mode de Fouesnant). Si le pays de cette guise , le pays de
l'Aven est vaste, il existe de nombreuses variantes de cette coiffe à rubans et aussi des collerettes. Le costume féminin est brodé de perles colorées.Les
hommes portent le chupenn et le bragou bras.
Le pays de Châteaulin = est appelé pays Rouzig du fait de la couleur rousse de la laine du costume, comme le pays de Quimper est appelée glazig du fait
de la couleur bleue du tissu du costume masculin.
Dans la région de Quimperlé = la couleur noir du costume d'homme donne son nom au pays Bro Duig,
le pays melenig ( les petits jaunes) = est le coin d'Elliant où les broderies des costumes d'homme sont jaunes.
fin de liste

Citations

"On fut sensible à la couleur, à la magnificence, à l'étrangeté de nos guises paysannes.
Devant certaines de nos filles, parées comme des idoles, on évoqua les mystères de l'Orient, devant d'autres des peuplades italiotes.
De bonne foi, tous s'exclamèrent au parfum d'ancienneté que répandait notre province
et qui était réel, d'ailleurs, qui est toujours réel. Mais peu s'avisèrent que les costumes étaient précisément ce qu'il y avait de moins ancien"

Per-Jakez Hélias.

Quel frisselis subtil de rubans et de fil sur tant de fronts venus de tous les environs vers la fontaine de miracle et la foire ingénue !
La digue ding dong, clament les liserons célestes du Pardon.
Lors s'éventaille sur la place la Bretagne toute, amenée par les routes.
Coiffe diverse des collines vertes et des baies natives, coiffe multiple des vallons où dorment les bons vieux
sous l'avalanche d'aubépine que la pervenche anime d'yeux : anses, rosaces, clochetons, pavois, brigantines, goémons, latines et queues de poissons.
Sous ta guimpe et ta coiffure, ô jouvencelle, on croirait voir un ange entre ses ailes.
Chaque village est comme un paon qui fait la roue quand sur la route aboutissant aux clairs binious, vierges et gâs, en un mélange d'arc-en-ciel, viennent
parmi la lande et la bruyère du bon miel : garçons à la veste d'azur sur le gilet couleur d'ajonc, douces aux tons de coquillage et de pommier.
Au bras de sa fleurie, grise de carillon, le fier promis en broderies semble un immense papillon, tel on en voit dans les féeries.
Et l'on a peur, à l'heure du danser qu'ils n'aillent se casser, Naïc et son Yvon, Jose et sa Madeleine, tant ils ont l'air d'être en faïence ou porcelaine.
Et l'on a peur encore, malgré les menhirs, sans doute là posés comme des poids jadis en vue de l'avenir, que cette vision si fine ne s'envole, en image
frivole, et ne monte tout droit, aux trois coups de midi, faire l'amour en Paradis.
Saint-Pol-Roux 
Pourquoi ne pas les mettre en gerbe à la chapelle Plutôt que de les perdre ces lys, au vent du Lof -Des lys ? et quels lys donc ? les coiffes
de dentelles Des filles à genoux au pardon de Roscoff

Max Jacob

Avec les brevets et les certificats/il n'y a plus de pen-sardines qui ne veuillent devenir madame./Adieu, petites coiffes serrées et tabliers roses Je serai
comme la femme du maire/Je serai comme la femme du docteur Je serai comme la femme d'usiniers/A nous aussi des robes sur la plage 

Max Jacob 

Où apparaît mieux encore la fantaisie cornouaillaise, c'est dans les costumes éclatants et d'une diversité telle que jamais aucun pays de France n'en sut présenter
de pareille. 
Par là se manifeste chez la paysanne le sentiment inné de la couleur et le goût naturel qui la porte à emprunter au cadre de mer, de bois
ou de landes qui l'enveloppe, les principes de son élégance. Cette même harmonie de l'âme et du paysage se retrouve dans les coiffes qui, quoique dérivant
toutes de la coiffe monastique, se diversifient à l'infini, suivant la façon d'épingler les ailerons, de les resserrer en mentonnières ou de les laisser
tomber en volutes sur les épaules. La cornouaillaise, au gré de sa fantaisie, a su donner cent formes variées à la visagère, qui n'est autre que l'ancien
voile dont la femme se couvrait , au Moyen-Age, pour entrer à l'église. 
C'est un des plus grands charmes de la Cornouaille que cette variété de la
coiffe et du costume, traduisant les nuances de l'âme et de la terre. Car la Cornouaille, très loin d'être une, est divisée comme l'antique Grèce, par
ses cours d'eau, ses estuaires indentées, ses chaînes de hauteurs insignifiantes, et un grand nombre de " pays " dont chacun a son caractère, son génie
propre, son individualité bien marquée. 

François Ménez 

Connaissez-vous Pont-Labbé? - Non?
 - Eh bien, c'est la ville la plus bretonne de toute cette Bretagne bretonnante qui va de la pointe du Raz au Morbihan, de cette contrée qui contient l'essence des mours, des légendes, des coutumes bretonnes. Encore aujourd'hui,
ce coin de pays n'a presque pas changé. Un vieux château baigne le pied de ses tours dans un grand étang triste, triste, avec des vols d'oiseaux sauvages.
Une rivière sort de là que les caboteurs peuvent remonter jusqu'à la ville. Et dans les rues étroites aux maisons antiques, les hommes portent le grand
chapeau, le gilet brodé et les quatre vestes superposées: la première, grande comme la main, couvrant au plus les omoplates, et la dernière s'arrêtant
juste au-dessus du fond de culotte. Les filles, grandes, belles, fraîches, ont la poitrine écrasée dans un gilet de drap qui forme cuirasse, les étreint,
ne laissant même pas deviner leur gorge puissante et martyrisée; et elles sont coiffées d'une étrange façon: sur les tempes, deux plaques brodées en couleur
encadrent le visage, serrent les cheveux qui tombent en nappe derrière la tête, puis remontent se tasser au sommet du crâne sous un singulier bonnet, tissu
souvent d'or ou d'argent. 
La servante de notre auberge avait dix-huit ans au plus, des yeux tout bleus, d'un bleu pâle que perçaient les deux petits points
noirs de la prunelle; et ses dents courtes, serrées, qu'elle montrait sans cesse en riant, semblaient faites pour broyer du granit. Elle ne savait pas
un mot de français, ne parlant que le breton, comme la plupart de ses compatriotes. 

Guy de Maupassant, 1882 

S'il avait vu ce site, Xavier Grall n'aurait
jamais écrit, en parlant d'un défilé de guises : " Et les filles ? Diable, on dirait qu'il n'y a plus de belles filles en Breizh! C'est désolant ce déchaînement
de laideurs. Serions-nous à ce point dégénérés que nous ne puissions offrir aux curiosités estivales que ces donzelles mièvres et cette cascade de laiderons
enchâlés, gauches, et comme effarés. Aucune grâce, nulle beauté." 

Le cheval couché, 1977 

La Quimpéroise dut lui plaire. Il ( Ernest Renan ) l'aima pour
la langueur tranquille de ses yeux, pour sa grâce aimable et modeste, pour son goût de mesure qui lui fait apprécier le charme d'une coiffe minuscule et
d'un sobre ajustement, pour son amour de la jeunesse et de la vie qui la porte à souhaiter, comme le meilleur des biens, « des yeux gardant indéfiniment
leur attrait, des lèvres fraîches pendant mille ans, des cheveux qui ne blanchiraient jamais ». Amoureuse, elle l'est certes, mais sans fougue ni folie,
tempérant par un souci d'harmonie et de bienséance les ardeurs de la passion. Elle est assez semblable à ces madones lombardes, radieuses et pacifiques,
qui penchent sur leur « bambino » la tiédeur de leur chair heureuse et le doux éclat de leur sourire bleu de lin. 

François Ménez 

Elle était bien jeune, celle-ci, adorablement jeune, une figure de vingt ans. Très blonde, -couleur rare en ce coin de Bretagne où la race est brune; très blonde, avec des yeux
d'un gris de lin à cils presque noirs. Ses sourcils, blonds autant que ses cheveux, étaient comme repeints au milieu d'une ligne plus rousse, plus foncée,
qui donnait une expression de vigueur et de volonté. Son profil, un peu court, était très noble, le nez prolongeant la ligne du front avec une rectitude
absolue, comme dans les visages grecs. Une fossette profonde, creusée sous sa lèvre inférieure, en accentuait délicieusement le rebord; -et de temps en
temps, quand une pensée la préoccupait beaucoup, elle la mordait, cette lèvre, avec ses dents blanches d'en haut, ce qui faisait courir sous la peau fine
des petites traînées plus rouges. Dans toute sa personne svelte, il y avait quelque chose de fier, de grave aussi un peu, qui lui venait des hardis marins
d'Islande ses ancêtres. Elle avait une expression d'yeux à la fois obstinée et douce. Sa coiffe était en forme de coquille, descendait bas sur le front,
s'y appliquant presque comme un bandeau, puis se relevant beaucoup des deux côtés, laissant voir d'épaisses nattes de cheveux roulées en colimaçon au-dessus
des oreilles-coiffure conservée des temps très anciens et qui donne encore un air d'autrefois aux femmes paimpolaises. 

Pierre Loti, Pêcheur d'Islande 

D'autres textes de Pierre LOTI, ici Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras, Vêtues de laine rude ou de mince percale, Les femmes à genoux sur le roc
de la cale, Regardent l'Océan blanchir l'île de Batz 

J. M. de Heredia ( 1893) 

Si ma santé s'affermissait et que mes parents me permissent, sinon d' aller
séjourner à Balbec, du moins de prendre une fois, pour faire connaissance avec l' architecture et les paysages de la Normandie ou de la Bretagne, ce train
d' une heure vingt - deux dans lequel j' étais monté tant de fois en imagination, j' aurais voulu m' arrêter de préférence dans les villes les plus belles;
mais j' avais beau les comparer, comment choisir plus qu' entre des êtres individuels, qui ne sont pas interchangeables, entre Bayeux si haute dans sa
noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe; Vitré dont l' accent aigu losangeait de bois noir le vitrage
ancien; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d' oeuf au gris perle; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse
et jaunissante couronne par une tour de beurre; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche; Questambert, Pontorson,
risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques; Benodet, nom à peine amarré que semble
vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues, Pont - Aven, envolée blanche et rose de l' aile d' une coiffe légère qui se reflète en tremblant
dans une eau verdie de canal; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s' emperle en une grisaille
pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d' araignées d' une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d' argent bruni ?

Marcel PROUST Du côté de chez Swann (2) 

Si un seul matin se levait sur notre vieux pays, si ce matin-là nous cessions de rêver la Bretagne, celle-ci disparaîtrait
à tout jamais et nos enfants ne seraient plus que des français nés dans un département de l'ouest 

Glenmor 

Il est dans nos cantons de jeunes paysannes Habitantes
des bois ou bien du bord de mer Toutes belles : leurs dents sont blanches, leurs yeux clairs Et dans leurs vêtements variés et bizarres Respirent je ne
sais quelles grâces barbares; 

Auguste BRIZEUX 

Je la contemple, frappé d'admiration. Elle pouvait avoir vingt-deux ans. Elle était grande et svelte même
sous le costume de Pont-l'Abbé qui alourdit toute taille ; et même sous la coiffe bigoudène, la forme de son visage restait d'un pur ovale. Elle laissait
voir de ses cheveux, dont les boucles longues étaient de la couleur du filin roux, quand il brille au soleil. Elle avait de longues mains blanches et des
lèvres en arc, de ce pourpre délicat et brûlant qui est propre aux oillets. Qu'elle était belle dans sa souple jeunesse..Mais l'air de ce visage en était
la merveille : on ne sait quoi de chaste et de voluptueux ensemble, de grave, de paisible et de séducteur, comme si une âme enfantine et courtisane s'épanouissait
à la même heure dans la fleur de ce corps. Qu'elle était belle, et plus que tout, de sembler si inconsciente. En vérité, une beauté seigneuriale : la grâce
de celle qui est sûre de toujours séduire, et qui n'a jamais trouvé un homme qu'elle ne l'ait soumis et charmé. Elle me rappelait la fauve et tranquille
vénitienne, que Titien montre dans sa chambre et que Carpaccio promène dans les fêtes. Elle souriait à peine, indifférente. Le noble être, plein de vie,
de rythme et d'harmonie, sans une réflexion, sans une ombre.Je ne me lassai pas de l'admirer, capable de tout, avec la même tranquillité douce et le même
sourire, capable même de passion, et pourtant de ne jamais servir qu'au désir. 

André SUARES, Le livre de l'émeraude, 1900 

LA DANSE : Elles dansaient dans la lumière violette du couchant, où couraient encore les vapeurs d'une journée d'orage. Non loin de l'entrée du manoir, sur le pré dansaient les jeunes filles. Elles étaient dix ; et l'une d'elles, assise au pied d'une croix, chantait la ronde, d'une voix argentine. Elles dansaient, les jeunes filles,
toutes vêtues de noir, en coiffes blanches, pareilles à des sours qui se chérissent. Leurs pieds retombaient doucement sur l'herbe molle, et ne faisaient
pas de bruit. C'était une danse sans folie, un lent balancement, où l'on voyait les rubans de la coiffe flotter autour des visages, comme sur les rochers
les algues marines, et les coins de la collerette blanche se soulever comme des plumes sur les seins. Elles se tenaient par trois ; et tantôt elles faisaient
une ceinture à la prairie ; tantôt elles y erraient en courbes sinueuses, comme l'eau d'une fontaine qui s'épanche, dessine des méandres et cherche son
chemin. Quand elles faisaient face aux derniers rayons du soleil, la bouche de l'une brillait, semblable à l'églantine rouge que mouille la rosée ; une
lumière triste et tendre, telle une lampe derrière les carreaux d'une maison solitaire, vacillait dans les yeux de l'autre ; et ces filles modestes ouvraient
à leur insu des lèvres, qu'un soupir d'ardeur avait seul décloses. 

André SUARES, Le livre de l'émeraude, 1900 

LES BIGOUDENS : A Plomeur, raides sous leur
mitre, En plastrons d'or vert, jaune ou roux, Les Bigoudens, sur le placitre, Tournent au son des binious. D'où viennent-elles, ainsi faites, Avec leur
face sans méplats Et les disques qu'aux jours de fêtes Elles collent sur leurs seins plats ? L'immobilité de leur masque Fait paraître encor plus lointains,
Dans l'aigre et sonore bourrasque, Leurs yeux vaguement thibétains. Peut-être qu'au temps où la Gaule Châtiait l'orgueil d'Attila, Un débris de tribu mongole
Vint à la nuit s'échouer là. 
O filles des hordes camuses Qui meurtrirent les champs latins, Bigoudens, en vos cornemuses Hennissent des poneys lointains.
Vous plongez au profond des âges Dans votre Orient fabuleux Vous aviez déjà ces visages Ronds et ces crins aux reflets bleus ; Sous des toits portés par
des hampes Et taillés dans des peaux d'élans, Vos yeux retroussés vers les tempes S'ouvrirent voici deux mille ans ; Et, près des lots lourds endormies,
Vous avez l'air, dans vos draps d'or, D'une peuplade de momies Terrée aux confins de l'Armor. 

Charles LE GOFFIC 

Le marché à Concarneau : Sur le terre-plein,
il y avait une cinquantaine d'étals, avec des mottes de beurre, des oufs, des légumes, des bretelles et des bas de soie. A droite, des carrioles de tous
modèles stationnaient et l'ensemble était dominé par le glissement ailé des coiffes blanches aux larges dentelles. 

Georges SIMENON, Le chien jaune, 1936

Celle qui le hélait se tenait debout dans une brèche de talus, au flanc du coteau, entre deux touffes de prunelliers dont les branches bourgeonnantes se
rejoignaient presque à la hauteur de sa coiffe.Sa jupe de laine rousse, à raies bleues, lui descendait à peine aux chevilles et, de l'étroit corsage aux
parements entrouverts qui lui serrait la taille, son cou svelte s'échappait comme une fleur de sa gaine. Son visage, rosé par l'air vif, semblait éclairé
d'une gloire dont ses cheveux d'or pâle, ébouriffés autour des tempes, eussent été les rayons.[.] Néà, elle était déjà loin. Sa coiffe, là-haut, voletait
comme un papillon blanc parmi l'ajournement délicat des jeunes verdures. 

Anatole LE BRAS, Le Roman de Laurik Cosquer, 1911. 

La ferme où je suis né s'en va sans connaissance, Mère, mère; elle a mis comme toi sa coiffe du dimanche; La herse qu'est mon âme s'est prise entre les souches; La terre, nourricière
des poèmes, reste en friches; Bercera-t-elle cet été la noble sieste des gerbes? Pourquoi, brodée de lune, l'escorte des marguerites, Titubant sur les
ronces des talus hirsutes, S'accroche-t-elle aux jambes molles du crépuscule? Et, moi, que fais-je là, taciturne, immobile, Avec cet arbre mort en travers
de mon être? 

Armand ROBIN ( 1912, 1961) 

Les filles de Rennes plient sur leur tête un mouchoir de dentelle empesée qui leur tombe à moitié sur la nuque.
Celles de Morlaix, sur leur cheveux, froissant une espèce de bonnet phrygien. A Lannion, c'est le grand art d'écarter les ailes de sa coiffure blanche
à droite et à gauche pour découvrir de belles nattes épaisses. A Quimper, étrange et mystique coutume, les filles portent dans leur chevelure un léger
phallus d'ivoire. Ainsi le voulurent jadis, pour on ne sait quel rite, les sages. Ces coëffes charmantes, où les filles de Bretagne qui aiment tant à danser,
mettent leur rivalité quand elles sont en âge d'aimer... 

Maurice Barrès 

Elle aurait des châles brodés, des coiffes à fond de dentelles et des piles de draps frais fleurant bon la lavande. Le lundi, dans sa voiture repeint à neuf, elle descendrait au marché de Pontrieux pour y vendre, sur la « levée »
son beurre et ses oufs.Elle vécut jusqu'au soir, enivrée de ce rêve. Et à partir de ce moment, on la sentit plus câline et plus coquette. Elle échancra
hardiment son corsage, pour mieux dégager sa nuque et sa gorge. Elle disposa ses cheveux suivant une mode plus récente, allongea les petits bords de sa
coiffe. Elle ne perdit plus une occasion de rire ni de découvrir ses dents, qu'elle avait blanches et jolies. 

François Menez ( L'envoûté ) 

Le nouveau marié et les jeunes hommes étaient vêtus à la mode de la ville. Mais la jeune épousée et ses demoiselles d'honneur illuminaient la rue de la splendeur des broderies
rouges et vertes de leurs gilets et de leurs tabliers aux tons vifs. -Plus belles que les reines de Jérusalem ! s'émerveillaient la vieille Marjann 
La jeune bigoudenn était, en effet, délicieuse, si fine en ses vêtements de velours noir et son tablier de soie blanche brodé. Son visage généralement
pâle, s'était avivé de couleurs du plaisir. Sous sa haute coiffe, blanche comme neige, et délicatement brodée, sa chevelure acajou, mise en plis avec art
sur le front et les tempes, faisait ressortir la pureté de ses traits. 

Youenn DREZEN, Notre-Dame Bigoudenn, 1934. 

D'une hauteur, le spectacle est curieux à voir. La campagne semble s'être couverte, tout à coup, de grandes fleurs blanches qui ondulent entre les verdures. On dirait qu'elles flottent sur les blés, qu'elles se balancent au-dessus des arbres, qu'elles jaillissent, palpitantes et vivantes, du sein de la terre et des touffes de genêts sauvages;
ce sont les coiffes des paysannes. Les voilà qui s'assemblent là-bas, en un bouquet immense, puis elles se dispersent de nouveau, s'éparpillent; elles
montent les petits coteaux, descendent au creux des petites vallées, toujours plus blanches, et si légères qu'on croirait que le vent, doucement, les pousse.
A mesure qu'elles avancent, qu'elles se font plus distinctes, qu'elles passent près de nous, on reconnait à leur forme différente les différents pays d'où
elles viennent. Ainsi défile, en clairs chiffons de mousseline et de batiste, l'histoire pittoresque de la Bretagne, depuis Rennes jusqu'à Brest, depuis
Nantes jusqu'à Saint-Brieuc. 

Octave MIRBEAU, 1887 

Je vis enfin les femmes d'Ouessant. Elles portent avec élégance un costume particulier dont la partie la plus originale est une espèce de coiffe italienne ( kouricher ) d'où les cheveux s'échappent et pendent de toute leur longueur sur les épaules. Leurs
visages sont généralement empreints d'un caractère de beauté rude et puissante. Tout en elles respire la santé et la force. Il faut les voir déchargeant
les bateaux qui reviennent le soir, remplis de goëmon. Elles ôtent alors leurs coiffes blanches et s'affublent de bonnets ronds de couleur sombre, qui
leur serrent la tête comme des bonnets d'enfants. (...) Et pourtant ces vigoureuses filles, si joufflues et si hautes en couleur, ne mangent presque jamais
de viande, un peu de lard seulement, les dimanches. Leur nourriture ordinaire se compose de poisson, de coquillages, de pomme de terre et de pain d'orge.
On ne cuit pas de pain de froment sur l'île. 

François-Marie LUZEL, 1863. 

La bombarde résonne, et, la main dans la main, Les danseurs vont courrant le long
du grand chemin Les filles de Gourin, aux jupes sur les hanches ; Celles de Pont-Aven, si roses et si blanches, Et bien d'autres encore bondissent sans
repos, Comme des grains de blé sous les coups des fléaux, Regardez, regardez la bande qui défile ! Danseuses et danseurs, ils sont là plus de mille, Qui
sautent face à face en se parlant des yeux, Et repartent ensemble avec des cris joyeux, Haut le pied, jeunes gens ! pour quelques tours de ronde. 

Auguste BRIZEUX, 

Les Bretons Les filles de la pluie sont douces si je hèle A travers un brouillard infiniment glacé Leur corps qui se refuse et la noire dentelle
Qui pend de leurs cheveux comme un oiseau blessé Nous ne dormirons pas dans les chambres offertes A la complicité nocturne des amants. 

René-Guy Cadou 

Je crois toujours, que l'art, pour être universel, doit commencer par être local ou paroissial. 
Fernando BOTERO 

La " Bourleden " ou " Borleden " n'a pas,
comme la " Kîz Fouën ", remplacé des coiffes de types différents. Elle continue l'évolution d'une coiffe qui s'est radicalement transformée. La coiffe
de tous les jours, la " Kerfeunten ". que l'on voit dans les dessins de O. Perrin, est abandonnée depuis cinquante ans. On la porte cependant aux jours
de fête à cause du riche costume aux couleurs vives dont elle était le complément. La coiffe de cérémonie était un hennin porté presque verticalement.
Par coquetterie, les habitants de la région de Quimper choisirent ce genre. Du sommet du hennin, rendu à des proportions souvent infimes, pendent, chez
certaines femmes, des rubans qui remplacent le voile d'antan. D'autre part. la largeur des mentonnières est à signaler. La " Bourleden " est portée dans
les cantons de Quimper et Briec. la partie est du canton de Douarnenez. et sa partie du canton de Châteaulin se trouvant au sud des Montagnes Noires. A
l'est, c'est le pays gai ; à l'ouest, aux approches de la montagne et face à la mer, 1'aspect change. C'est la région du pardon de Sainte-Anne-la- Palud,
célébré par Tristan Corbière et de la Troménie de Saint-Renan. 

Maurice BIGOT, Les coiffes retonnes, 1929 

"Quand on veut, on n'obtient rien; il faut être
disponible "

Henri Cartier-Bresson 

COIFFE TREGORROISE Sur un front lisse et pur, finement épinglée, Tu m'évoques ma mère, ô coiffe du Trégor, Et, dans ta
conque frêle avec art ciselée, C'est toute la chanson de mon passé qui dort. Comme tu palpitais, pudique, à la veillée, Sur quelque nuque mince aux chastes
frisons d'or ! De ton charme longtemps, j'eus l'âme ensorcelée, Et, d'y songer ce soir, mon cour tressaille encore. Coiffe de mon pays, aucun ruban profane
Jamais n'a déparé ta grâce diaphane : Ton élégance est toute en ta simplicité. Les filles du Trégor t'ont faite à leur image : Aussi frais que ton lin
sans tache est leur visage Aussi vierge de tout mensonge leur beauté. 

Anatole LE BRAZ 

oèmes votifs. L'un des plus beaux spectacles religieux que l'on
puisse encore contempler de nos jours, est celui que présente à la nuit, l'antique cathédrale de Quimper. Quand l'ombre a rempli les bas-côtés du vaste
édifice, les fidèles des deux sexes se réunissent dans la nef, et chantent en langue bretonne la prière du soir, sur un rythme simple et touchant. La cathédrale
n'est éclairée que par deux ou trois lampes. Dans la nef, d'un côté sont les hommes debout ; de l'autre, les femmes agenouillées forment comme une mer
immobile de coiffes blanches. Les deux moités chantant alternativement, et la phrase commencée par l'un des chours est achevée par l'autre.

Ernest RENAN

Elles n'embaument pas le lys ni le jasmin, Et leurs doigts, leurs cheveux, leur linge, leur peau même Tout ça sent le poisson. Mais bah ! j'aime qui m'aime
! Et les gars sont plus d'un qui les aiment ainsi. C'est qu'avec leur bonnet comme on les porte ici, Dont les coins envolés semblent des ailes blanches
Et dont, à l'entre-deux, le fichu reste ouvert, Avec leur jupon court qui montre à découvert Les mollets arrondis et les fines chevilles, On dira ce qu'on
veut, ce sont de belles filles. 

Jean RICHEPIN 

Fondamentalement l'appareil photo fait de chacun 
un touriste du réel d'autrui, et finalement du sien. 

Suzan Sontag, 1977 

Les femmes surtout, fixent les regards les moins attentifs. Grandes, richement modelées, l'oil doux, la bouche gravement souriante, elles
ont, en même temps le charme qui attire et la noblesse qui impose. A Saillé, pourtant leur beauté a quelque chose de moins fier. En voyant ces tailles
si hardiment cambrées, ces mouvements si libres, tout cet ensemble si triomphant de puissance et de volupté, on croirait retrouver les modèles des nymphes
du Carrache ou des naïades de Rubens. C'est surtout dans le costume de travail, telles qu'on les voit à Nantes, portant de maison en maison le sel ou le
pain, que les filles de Saillé ont leur allure la plus vive et la plus attirante. Dans leur riche costume de noces, la meilleure partie de cette grâce
païenne disparaît. Cependant ce costume lui-même est moins puritain que celui des mariées du Bourg de Batz. La coiffe découvre plus le front, au lieu de
se tenir droite, la collerette retombe sur les épaules, la taille s'allonge davantage et ne dissimule point les formes, la pièce, mi-partie or et argent,
laisse voir la naissance de la gorge et la jambe se dessine sous un court jupon. Ainsi, gardez vous de prendre une femme du bourg de Batz pour une femme
de Saillé ; votre erreur lui serait une lourde offense. 
Vous ne rencontrerez pas seulement à Batz le costume, les habitudes et les croyance des habitants de la Domnonée, mais le bourg lui-même ressemble à ceux de nos côtes finistériennes. 

Emile SOUVESTRE, 

En Bretagne. Elles sont d'une beauté ancienne, d'une
pâleur liturgique de vitrail. Avec leurs coiffes aux ailes carrées, leurs fichus de couleur, qui découvrent les onduleuses nuques, leurs robes de bure
aux plis lourds de statue, elles vont, lentes, gothiques, évoquant un autre temps, le temps où Van Eyck peignait ses vierges et leur visage pacifique,
et leurs mains jointes, et leur taille droite. 

Octave MIRBEAU, CROQUIS BRETONS, 1887 

Je note Vannes tout de suite : avant tout, le type le plus saillant
parmi les femmes, c'est la vierge monacale. Teint pâle, quelquefois vaguement jaunâtre et maladif, souvent d'une délicatesse extrême. Plusieurs jeunes
filles ont une expression de madone ascétique, un col fin comme celui de la Jeanne de Naples, une mince et longue nuque charmante, une voix infiniment
douce, des yeux modestes tout de suite baissés, une sorte de sensibilité frémissante, parfois une timidité souffrante. L'effet est délicieux, ce sont des
âmes. Par exemple, hier à Carnac, cette jeune fille qui avait la fièvre, assise immobile auprès de la fenêtre, dans la cuisine de l'auberge, la tête appuyée
sur son fin poignet, silencieuse, les yeux un peu cernés, jaune comme la cire nouvelle, semblable aux religieuses de Delaroche dans son tableau de la Cenci.
Sa cousine qui nous servait à table a le menton le plus fin, les plus délicates attaches l'air le plus pudique, la voix la plus doucement timbrée. Tranquillité
et justesse dans tout ce qu'elle dit, dans tout ce que dit la maîtresse de l'auberge. On apprend le français dans les écoles de sorte que c'est une langue
littéraire; elles la parlent avec une pureté charmante, sans aucun accent de terroir Placidité d'animal, et délicatesse de mystique, voilà deux traits
saillants et fréquents. Dans les jeunes filles, dans les paysannes surtout, le visage n'a pas un pli; c'est la candeur des madones du Moyen Âge. Le teint
pâle, transparent, est celui d'une fleur de forêt, abritée rafraîchie éternellement par l'ombre. Le plus grand nombre des visages est irrégulier, un grand
nez, une bouche mince; c'est bizarre ou même laid, mais quand vient le sourire, tout cela s'illumine aussi délicieusement qu'un ciel nuageux où le soleil
perce. Quand la gaieté ou même parfois la malice affleure, la finesse de sensation est incroyable. Quelques beaux types forts, pleins, à têtes régulières
mais toujours alors l'Immobilité des races primitives. Le regard vous frappe droit en face, ou les yeux effarouchés se baissent, pas de regard de côté.
Costume de religieuse; une robe presque toujours noire à longs plis droits; un tablier noir ou bleu relevé sur la poitrine et attaché à la hauteur des
bras par des épingles; un châle rougeâtre ou brun dont les pointes s'enfoncent dans le corsage; un bonnet qui est un linge blanc posé sur la tête et retombant
des deux côtés pour embrasser les joues. À Vannes, il pend en pattes longues et flottantes par derrière. Très simple et du meilleur goût; c'est l'étoffé
roulée autour du corps, et la toile posée sur les cheveux . Messe à Vannes.[.] Deux ou trois mignonnettes jeunes filles, avec leur teint de camélia pâlissant
sous le blanc âpre de leur bonnet, avec leurs yeux étonnés et silencieusement passionnés, avec leur puissante vie rêveuse intérieure qui transpire à travers
la frêle enveloppe, vous arrêtent stupéfait et troublé. La vierge primitive et la femme moderne, l'extrême de l'innocence et de la sensibilité, quel attrait
et quel contraste! Il y a des teints et des attaches de duchesses à boudoirs et des yeux d'enfant ou de brebis. Pour les hommes, veste noire, pantalon
noir et énorme chapeau noir. L'effet est d'une gravité funèbre. Quelquefois les coins du gilet sont rouges et le pantalon est la braie rayée bleue et brune
des anciens Gaulois. Pas de cravate; le grand col blanc à pointes monte dans les cheveux et les oreilles. Souvent les cheveux en longues mèches ou en toison
tombent sur le col et les épaules. 
Après de nouvelles remarques, je trouve que la distinction du type tient à la blancheur du teint et à la transparence de la peau; à la finesse du menton, qui se termine en pointe et à la minceur de tous les organes masticateurs absorbants. La bouche longue et mobile est
alors une grande source d'expression à cause de la minceur des lèvres. Les yeux sont bleu ternes ou à lumière pâle. 

Hippolyte TAINE, 1863 

Femme de l'ancien temps, solide blanchisseuse Son battoir frappe clair la pente des prairies Elle porte la coiffe et se veut la servante Du larron cloué nu sur la croix
de granit Et lorsqu'elle se donne à la vierge des pluies La nuit sans la Ténèbre imagine le monde. 

Charles LE QUINTREC